"J'ai acheté un nouvel ordinateur, je vais pouvoir le déduire de mes impôts." Cette phrase, je l'entends toutes les semaines dans mon cabinet. Et elle est presque toujours fausse en auto-entreprise. Le régime micro ne permet pas la déduction des frais professionnels au sens classique du terme. Voici pourquoi, et ce que cela implique vraiment pour vous.
Sommaire
- Le mythe de la déduction des frais
- L'abattement forfaitaire : comment ça marche vraiment
- Ce que vous ne pouvez PAS déduire
- Le cas particulier de la TVA déductible
- Quand passer au régime réel ?
- Faut-il quand même garder ses factures ?
- FAQ rapide
Le mythe de la déduction des frais
En auto-entreprise, vous payez vos cotisations sociales et votre impôt sur le revenu sur le chiffre d'affaires brut encaissé, pas sur le bénéfice net.
Concrètement :
- Vous facturez 50 000 € de prestations sur l'année
- Vous achetez pour 8 000 € de matériel et logiciels professionnels
- Pour l'URSSAF, votre base de calcul reste 50 000 €
- Pour l'impôt, votre base de calcul est 50 000 € moins un abattement forfaitaire (voir plus bas)
Vous ne pouvez pas dire "j'ai dépensé 8 000 €, donc je suis imposé sur 42 000 €". Ce n'est pas le fonctionnement du régime micro.
L'abattement forfaitaire : comment ça marche vraiment
L'administration fiscale considère que vous avez des frais professionnels. Mais au lieu de vous demander de les justifier précisément, elle applique un abattement forfaitaire sur votre CA pour calculer votre revenu imposable.
Taux d'abattement 2026 :
| Activité | Abattement | Revenu imposable |
|---|---|---|
| Vente de marchandises | 71 % | 29 % du CA |
| Services BIC (artisans, commerces) | 50 % | 50 % du CA |
| BNC (professions libérales) | 34 % | 66 % du CA |
Minimum de l'abattement : 305 €. Même si votre CA est très faible, vous bénéficiez d'au moins 305 € d'abattement.
Exemple concret : vous êtes consultant BNC, vous facturez 60 000 € sur l'année.
- Abattement : 60 000 € × 34 % = 20 400 €
- Revenu imposable : 60 000 € - 20 400 € = 39 600 €
- C'est ce montant de 39 600 € qui entre dans votre déclaration de revenus.
L'abattement est forfaitaire : que vous ayez dépensé 5 000 € ou 25 000 € en réalité, l'abattement reste de 20 400 € dans cet exemple.
L'abattement forfaitaire est avantageux quand vos frais réels sont faibles (un consultant qui travaille de chez lui par exemple). Il est désavantageux quand vos frais sont élevés (un artisan qui achète beaucoup de matériel).
Ce que vous ne pouvez PAS déduire
En auto-entreprise, vous ne pouvez pas déduire spécifiquement :
- Achat d'ordinateur, téléphone, matériel professionnel
- Loyer de votre local ou bureau
- Abonnements pro (logiciels, services en ligne)
- Frais de déplacement (essence, péages, train, hôtel)
- Frais de repas avec clients
- Cotisations à des organismes pro, formation continue
- Frais bancaires pro
- Assurance professionnelle, RC pro
Ces dépenses sont "absorbées" globalement par l'abattement forfaitaire. Vous ne pouvez pas les soustraire de votre CA imposable.
Erreur fréquente : croire qu'on peut déduire ses frais "parce qu'on garde les factures". Non. Les factures sont utiles pour la TVA (si vous y êtes assujetti) et en cas de contrôle, mais elles ne réduisent pas votre base d'imposition en régime micro.
Le cas particulier de la TVA déductible
Une exception importante : si vous êtes sorti de la franchise en base de TVA (donc redevable de la TVA), vous pouvez récupérer la TVA sur vos achats professionnels.
Exemple : vous achetez un ordinateur 1 200 € TTC (1 000 € HT + 200 € TVA).
- Si vous êtes en franchise TVA : vous payez 1 200 €, point final
- Si vous êtes redevable de la TVA : vous payez 1 200 € mais vous récupérez les 200 € de TVA via votre déclaration. Coût réel : 1 000 €
C'est l'un des intérêts à opter volontairement pour la TVA même sous les seuils, si vous avez de gros achats professionnels.
Quand passer au régime réel ?
Si vos frais professionnels sont élevés par rapport à votre CA, le régime micro peut être désavantageux. Il peut alors être intéressant de passer au régime réel.
Au régime réel :
- Vous déduisez précisément toutes vos charges (matériel, loyer, abonnements...)
- Vous êtes imposé sur le bénéfice net (CA - charges)
- Mais vous devez tenir une comptabilité complète (bilan, compte de résultat)
- Et vous devez gérer la TVA
Règle empirique : si vos frais réels représentent plus de 50 % de votre CA (pour un BNC) ou plus de 71 % de votre CA (pour une vente), le régime réel devient plus intéressant fiscalement.
Faut-il quand même garder ses factures ?
Oui, absolument, pour plusieurs raisons :
- TVA : si vous êtes redevable de la TVA, les factures justifient votre TVA déductible.
- Contrôle URSSAF / fiscal : en cas de contrôle, on peut vous demander la preuve de la cohérence entre votre activité et vos charges.
- Passage au réel : si vous décidez de passer au régime réel, vous aurez besoin de l'historique pour la comptabilité.
- Décisions stratégiques : connaître vos charges réelles vous aide à fixer vos prix, négocier, optimiser.
Durée de conservation : 10 ans pour les pièces comptables.
Source officielle : impots.gouv.fr — Régime micro-BIC et BNC
FAQ rapide
J'ai acheté du matériel pour 5 000 €. Vraiment je ne peux rien faire ? Non, en régime micro vous ne pouvez pas le déduire. La seule façon de "déduire" vos frais est de passer au régime réel.
Mon abattement forfaitaire couvre toujours mes frais réels ? Pas forcément. C'est une moyenne statistique. Pour certains profils (consultants, freelances avec peu de matériel), il couvre largement. Pour d'autres (artisans, commerçants), il peut être insuffisant.
Puis-je opter pour le régime réel et rester auto-entrepreneur ? Vous pouvez opter pour le régime réel, mais vous perdez alors le statut "auto-entrepreneur" au sens du régime simplifié. Vous restez entrepreneur individuel, simplement avec une fiscalité différente.
Les frais de mes salariés sont-ils déductibles ? Les auto-entrepreneurs ne peuvent pas avoir de salariés au sens strict. Si vous avez besoin d'embaucher, il faut envisager une autre forme juridique (EURL, SASU...).